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LE CORAN ET LA VIOLENCE CONJUGALE

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« Quant à celles dont vous craignez l’outrage, exhortez-les, éloignez-vous d’elles au lit et corrigez-les » (Les Femmes, 34).

Ce verset qui régule une partie de la relation conjugale est, semble-t-il, la plus célèbre offensive des islamophobes et des féministes. Ils déclarent que le Coran incite ouvertement à la violence conjugale et à la maltraitance des femmes. Que répondre alors à cette accusation ?

Notre réponse sera franche et sans détour. Nous n’allons pas noyer le poisson en essayant de contourner la signification profonde de ce verset. Néanmoins, il importe de disposer d’un minimum de discernement  d'honnêteté intellectuelle pour suivre notre raisonnement.

Il est essentiel de relever que le verset en question traite une dégradation précise, qui est celle de la désobéissance et l’insubordination de la femme à l’égard de son mari. D’ailleurs, cette dégradation va dans les deux sens. En effet, le mari aussi peut se retrouver à l’origine de cette situation conflictuelle :

« Quand une femme craint de son mari manquement ou indifférence, alors nul grief contre eux s’ils se réconcilient par un compromis quelconque, et la réconciliation est meilleure. En effet, les âmes tendent vers l’avarice. Mais si vous agissez bien et vous êtes vertueux alors Dieu est parfaitement Connaisseur de ce que vous faites » (Les Femmes, 128).

La loi, qu’elle soit d’origine divine ou humaine, ne peut s’appliquer à un groupe que lorsque celui-ci reconnaît sa légitimité fondamentale. Ainsi, si les époux ne sont pas musulmans les versets du Coran n’ont absolument aucun effet sur eux, le verset s’adresse donc exclusivement à une communauté de croyants. De même, pour que le musulman mette en pratique ce verset, il doit le faire dans toute son amplitude. Ainsi, quand le Coran exige de lui de se comporter de la meilleure des façons avec son épouse[1], il doit garder dans son esprit cette injonction divine pour orienter le sens du verset auquel nous nous intéressons.

De la sorte, pour que le musulman soit cohérent avec lui-même, il doit avant tout exiger de sa personne les mêmes devoirs qu’il exige d’autrui. Cette règle de base servira de socle à l’ensemble de notre argumentation.

Pour commencer, prenons l’intégralité du verset concerné : « Les hommes ont l’entière responsabilité des femmes, en raison des faveurs que Dieu accorde aux uns sur les autres, et aussi à cause des dépenses qu’ils font de leurs biens. Les femmes vertueuses sont pieuses, elles protègent ce qui doit être protégé durant l’absence de leurs maris, avec la protection de Dieu. Quant à celles dont vous craignez l’outrage, exhortez-les, éloignez-vous d’elles au lit et corrigez-les. Si elles arrivent à vous obéir, alors ne tentez plus de sévir contre elles, car Dieu est Très-Haut et Très-Grand » (Les Femmes, 34).

Il est primordial de noter la manière dont le verset s’achève. Il rappelle la Hauteur et la Grandeur absolues de Dieu. De ce fait, le musulman doit garder à l’esprit ces deux attributs avant de se permettre quoi que ce soit à l’égard de sa femme.  

Ce verset sur la désobéissance des femmes éclaire celui sur les manquements des maris. Le premier verset relève la Hauteur et la Grandeur de Dieu tandis que le second relève la connaissance parfaite de Dieu.

En conséquence, le premier verset avertit tous les maris et les met en garde contre toute transgression dont ils pourraient se rendre coupables. Quant au second verset, il souligne la connaissance de Dieu de l’intimité et de l’intention des hommes qui se montrent répugnants vis-à-vis de leurs femmes. Dans les deux cas, le Coran pointe la responsabilité des hommes devant Dieu, qu’il soit victime ou coupable.

Le deuxième élément qu’il convient de relever dans les deux versets est la crainte affichée aussi bien par le mari que la femme concernant ce conflit potentiel. Cela signifie que la femme tient encore à son mari et inversement. Sinon, la solution radicale dans une situation bloquée est la séparation pure et simple. Ce verset s’adresse donc au couple qui entretient encore le sentiment amoureux de part et d’autre.

Troisièmement élément à prendre en considération est la cause qui a conduit à cette crise conjugale. Celle-ci n’a absolument rien à voir avec la relation sexuelle. La désobéissance pointée par le verset ne concerne en aucun cas le refus de la femme de partager des moments intimes avec son mari. En effet, le même texte propose parmi les solutions à mettre en œuvre le fait d’abandonner toute relation sexuelle avec son épouse quand elle montre des signes de rébellion.  

L’outrage de la femme dont parle le verset vient de son insatisfaction matérielle et de sa trahison des secrets que le mari lui a confiés. En effet, quand le verset parle des femmes irréprochables, il déclare ceci : « Les femmes vertueuses sont pieuses, elles protègent ce qui doit être protégé durant l’absence de leurs maris, avec la protection de Dieu ».

La femme qui fait preuve d’outrage a besoin d’être éduquée, car elle manque de respect de manière manifeste à son mari. Cette éducation suit un processus qui se décline de manière graduelle. Cela commence par l’exhortation, puis l’abandon des relations intimes et enfin la correction symbolique[2]. Cette proposition est faite ici à un homme qui souhaite encore préserver son couple afin d’éviter que la relation conjugale ne s’envenime. Le Prophète (PSL) qui représente le modèle à suivre n’a jamais levé la main sur l’une de ses épouses. Quand il connut un grave conflit avec celles-ci, il quitta la résidence conjugale et se mit à l’écart plusieurs semaines durant. De plus, le terme « dharaba » employé dans ce passage, traduit habituellement par frapper[3], est polysémique. Il peut tout aussi vouloir dire parcourir[4], s’abattre[5], proposer[6] ou encore sceller[7]. Le sens commun à tous ces verbes est l’action de séparer deux choses.

Aussi, le mari qui se comporte avec sa femme tel un goujat a besoin d’être éduqué. Cette éducation se focalise sur deux défauts majeurs : l’avarice et l’arrogance. Le second verset intervient donc pour corriger ces comportements méprisables. La femme souhaite dans ce cas préserver son couple en essayant de débarrasser son mari de ces faiblesses.

En tout état de cause, les règles stipulées dans ces versets sont des recadrages éthiques et non juridiques. Il s’agit donc de résoudre ce conflit avant qu’il ne parvienne aux tribunaux. Le Coran s’adresse ici à la conscience aussi bien du mari que de la femme dans l’espoir de ressouder leur lien sans recourir à la puissance publique.

À ce titre, il est utile de différencier le recadrage éthique des lois juridiques. Dans le premier cadre, la conscience suffit à mettre fin à un comportement malsain alors que dans le second il devient impératif d’exercer une coercition extérieure pour mettre fin à cette dispute. C’est la raison pour laquelle le Coran mentionne à la fin de chaque verset un attribut qui fait appel à la conscience et à la crainte de Dieu. Ce n’est que de cette manière qu’une issue favorable peut être trouvée quand le couple souhaite entretenir une relation pérenne.  



Le divorce peut être prononcé deux fois. Après quoi vous pouvez soit garder votre épouse avec des égards, soit la libérer décemment (La Vache 229)

Il convient de préciser que la correction formulée dans ce verset est d’ordre symbolique. Le Prophète, paix sur lui, a formellement interdit au mari de battre sa femme (Al-Bukhârî, n° 5204). Il s’agit donc d’une réprimande pour montrer que les limites ont été dépassées depuis longtemps.

Nous dîmes : « Frappe le rocher avec ton bâton » (La Vache 60)

Donnez aux pauvres qui se sont confinés dans le chemin de Dieu et ne peuvent plus parcourir la terre (La Vache 273)

L'humiliation et la misère s'abattirent sur eux et ils encoururent la colère de Dieu (La Vache 62)

Dieu ne répugne pas à proposer en parabole un moucheron ou quelque chose de plus élevé. (La Vache, 26)

Dans la caverne, Nous avons scellé leurs oreilles pour de nombreuses années (La Caverne 11)

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